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Un face-à-face qui tombe ….. pile !

repris sur le site « aabw.be »

, par François de Montlivault, président de l’AABW

En vous rendant à l’invitation de l’Union Wallonne des Architectes ce 20 avril dernier,vous étiez nombreux et plein d’espoirs d’avoir enfin une explication sur le comment et le pourquoi du CoDT.
La chose était pourtant bien présentée de la sorte : pas une conférence, pas un discours, mais un « face à face », les yeux dans les yeux, avec notre ministre de tutelle.

 

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Le harnais étouffant de l'architecte

Editorial du n° 26 de la revue « DIMENSION »
« L’architecte est de plus en plus mis sous pression dans les divers secteurs de l’industrie du bâtiment. Prenons le domaine de la construction. Que l’on aime ou pas se l’entendre dire, la majorité des maîtres d’ouvrage individuels s’adressent à un constructeur de maison clé sur porte. L’architecte fait une courte apparition pour intégrer au projet les besoins et les désirs du maître d’ouvrage avant de disparaître trop souvent à l’arrière-plan. Cela ne pose pas de problème tant que tout se passe sans heurt mais malheur à lui si quelque chose ne va pas . Où donc est cet architecte ? Il surveille le chantier tout de même ? Ne doit-il pas toujours défendre les intérêts du maître d’ouvrage ?
Autre exemple prenons le cas des autorités publiques. Elles accordent de plus en plus la préférence à des sigles qui ne rendent pas toujours la réalité très appétissante : D&B, DBFM, DBFMO, PPP, … Ces autorités veulent savoir à quoi ressemblera leur budget aujourd’hui, demain et après-demain. C’est pourquoi, elles préfèrent laisser à un autre partenaire les risques que quelque chose ne tourne pas rond par exemple en matière de délais d’exécution, de coûts de construction et d’entretien ou encore de financement. Résultat ? Les architectes sont aspirés dans un spirale d’obligations de résultats inconciliables avec leurs obligations légales et déontologiques. Ils perdent leur emprise sur le projet. Même avec la meilleure volonté du monde, on ne peut plus les qualifier d’indépendants.
En tant qu’architectes, comment pouvons-nous nous dresser contre cela ? Pas en nous enfermant dans notre carcan individuel car il nous étouffe de plus en plus et menace de nous 
asphyxier petit à petit. Nous devons regarder avec sincérité et lucidité où nous voulons aller. Le message est que nous devons réfléchir en sortant des sentiers battus et sans le moindre tabou. Réfléchir à la loi de 1939 n’est pas , par définition, jurer dans une église . Discuter du monopole ne signifie pas non plus se confesser au diable. Raisonner et agir en termes de commerce est tout à fait permis dans un cabinet d’architectes.
Nous avons juste besoin de fixer clairement les limites: jusque-là et pas plus loin. Et il faut arrêter ce combat de joute médiévale qui consiste à demander des honoraires inférieurs à ceux de nos collègues. L’architecte n’est pas un baron de Münchhausen parvenu à sortir du marécage en se tirant lui-même par les cheveux.  Nous réussirons à sortir de ce marécage seulement si nous développons ensemble une vision et une stratégie et si nous nous réunissons en bloc pour discuter autour de la table avec les autres partenaires de la construction. Non pour poser la tête sur le billot mais bien pour sécuriser le rôle futur et les chances de vie des architectes en tant que groupe professionnel. 

 

Un nouveau mode de développement urbain …

Extrait du site www.bimby.fr :
Le projet de recherche BIMBY (« Build in My Back Yard ») vise à la définition, à court terme, d’une nouvelle filière de production de la ville, qui soit capable d’intervenir là où les filières « classiques » sont incapables d’intervenir : au sein des tissus pavillonnaires existants, qui représentent la grande majorité des surfaces urbanisées en France et certainement en Europe. Sélectionné en 2009 par l’Agence Nationale de la Recherche dans le cadre de son appel à projets « Villes Durables », le projet BIMBY, d’un budget global de 3,1 millions d’euros sur 3 ans, rassemble 10 partenaires publics :
les Communautés d’Agglomération de Rouen et de Saint-Quentin-en-Yvelines, le CAUE de l’Eure, les Écoles Nationales Supérieures d’Architecture de Paris Belleville, Rouen et Marseille, le LATTS (ENPC) et le RIVES (ENTPE), ainsi que deux bureaux d’études du Réseau Scientifique et Technique du MEEDDTL : le CETE Normandie Centre (pilote du projet) et le CETE Ile-de-France (co-pilote).

… initié par l’habitant, maîtrisé par la commune …

L’hypothèse centrale du projet BIMBY est la suivante : c’est la capacité des acteurs de l’urbain (habitants, techniciens, élus) à mobiliser le foncier des tissus pavillonnaires existants qui permettra de financer le renouvellement et la densification progressive de ces quartiers. On observe en effet que dans de nombreux cas, l’intérêt des individus (notamment à diviser un terrain pour mieux valoriser son bien sur le marché immobilier) peut aller dans le sens des intérêts de la collectivité (à proposer une offre diversifiée de logements individuels sur son territoire sans engendrer d’étalement urbain) :
– si l’on sait encourager, maîtriser et canaliser ces initiatives individuelles par la définition de règles d’urbanisme adéquates et la mise à disposition d’un conseil au particulier en matière d’architecture et d’urbanisme dense.
– si l’on cible les moments où les intérêts individuels et collectifs se rejoignent, notamment au moment des ventes des maisons individuelles ou à l’occasion des évènements et des projets de vie des habitants.
Une nouvelle maison construite entre deux maisons, après division de la parcelle de droite, créant un front de rue et préservant l’intimité des maisons voisines.
Dans les quartiers bien situés des agglomérations, la somme de la valeur du terrain créé par division parcellaire et de la maison amputée de ce terrain est supérieure à la valeur de la maison initiale. 
L’opération permet à son propriétaire de mieux valoriser son patrimoine et d’en mobiliser tout ou partie afin de financer ses projets.
Elle permet à la commune de créer un terrain à bâtir dans un quartier déjà desservi et équipé.
Ce sont ainsi des des dizaines de milliers de terrains à bâtir qui pourraient ainsi être libérés chaque année dans les tissus pavillonnaires construits ces dernières décennies, sans engendrer aucun étalement urbain et à un coût minime pour la collectivité.

… visant à faire émerger la ville durable des tissus pavillonnaires existants

Les perspectives offertes par une telle filière nous invitent à changer la façon dont nous envisageons actuellement la croissance des villes. Nos travaux suggèrent en effet :
D’un point de vue économique : qu’il est possible de fabriquerun urbanisme sur mesure et à moindre coût pour la collectivité, sans maîtrise foncière, en permettant à l’ensemble des propriétaires de maisons individuelles de mobiliser une partie de leur patrimoine foncier pour financer la réalisation de leurs projets, notamment en détachant une partie de leur terrain pour la valoriser en tant que nouvelle parcelle constructible.
D’un point de vue environnemental : qu’il est possible de construire, sur ces parcelles produites à l’unité et dans les tissus urbains existants, de la maison individuelle à étalement urbain nul, tout en maintenant des densités faibles et sans engendrer de pression foncière, ceci dans des quantités qui permettraient de répondre chaque année à une part significative des besoins en logements.
D’un point de vue social : qu’en redonnant à l’habitant un rôle fort de maître d’ouvrage de la production de l’habitat, on donne à la collectivité de puissants leviers pour porter une politique urbaine ambitieuse, fondée sur la mise en synergie des projets des habitantset des projets de la collectivité, et ceci en faisant appel auxentreprises locales de construction, qui sont les plus économiques et les plus créatrices d’emplois.

Premiers résultats

Après 2 an de travaux, les premiers résultats sont :
L’observation de processus de densification des tissus pavillonnaires qui se sont déjà déroulés, soit comme simple adaptation des habitants aux règles d’urbanisme en vigueur soit comme volonté politique et technique de favoriser ce genre de processus : là où les facteurs sont favorables (pression foncière, règles d’urbanisme lâches, vieillissement de la population d’un quartier), ces processus sont déjà possibles mais ils n’ont pas encore été exploités comme outils de politique urbaine.
La définition d’un ensemble d’outils élémentaires(architecturaux, urbanistiques, de droit de l’urbanisme, de droit privé, de gouvernance locale) permettant à la fois de favoriser et de maîtriser ce type de processus, afin d’en faire un véritable outil de développement urbain.
L’expérimentation de tels processus comme véritables outils de politique urbaine : dans le cadre du projet BIMBY, un certain nombre de communes ont entrepris de faire du modèle BIMBY un instrument pour leur politique de développement.
L’expression du vif intérêt d’un très grand nombre d’élus, d »institutions et de services d’urbanisme des collectivités et de l’Etat : Communes et Communautés d’Agglomération, Agences d’Urbanisme et CAUE, Etabissements Publics Fonciers, Services déconcentrés de l’Etat (DDE, DDEA, DDT et DRE), Parcs Naturels Régionaux, etc.
Cet intérêt nous a amené à créer la démarche Bimby, qui rassemble les contributions de l’ensemble des partenaires ayant initiés des démarches parallèles au projet de recherche, sur leur territoire ou dans leur champ d’action spécifique.

Architectus belgicanus par P.Simoens

 
La condition de l’architecte
Pourquoi l’architectus belgicanus est si différent des autres
Pascal simoens
Mars 2012
 
L’architecture (et ses architectes) en Belgique est le constat d’un paradoxe: c’est d’abord un métier où l’architecte est présent et très responsable de tout acte de bâtir de près ou de loin ; il est reconnu comme tel par la loi. A contrario, l’architecture comme vecteur de valeurs culturelles et sociétales, elle, fait défaut.
Du même ordre, si vous demandez aux habitants d’une région, d’une ville ou village,  l’importance qu’ils portent à l’architecture et dans leur cadre de vie, ils vous répondront sans nul doute et avec discernement que l’architecture c’est extrêmement important pour l’amélioration de leur lieu de vie… alors que l’enseignement de l’architecture comme un élément à part entière de la culture d’un lieu et d’une communauté d’habitants n’est toujours pas inscrit dans les écoles, voir pire, dans les facultés de journalisme (pour ne citer qu’elles). Dans ce dernier cas et pour conséquence, l’inanité générale des articles traitant de l’architecture et commentaires journalistiques au travers des quotidiens ( ceux qui ont une culture générale en tout, sauf l’architecture) et les revues spécialisées ( ceux qui n’ont qu’une culture, celle de l’architecture). Cette situation ne contribue certainement pas à améliorer l’approche culturelle de l’acte de bâtir sur nos terroirs.
Un autre paradoxe est l’importance de l’architecture comme vecteur d’identité d’un programme politique… la culture de l’architecture en Belgique n’est pas la même que l’on soit en Flandre, Wallonie ou Bruxelles.
Le troisième paradoxe vient des architectes eux-mêmes, rêvant tous de la force de production des grands bureaux anglo-saxon tout en rêvant d’architectures signées de la propre main de son concepteur-artisan-architecte. Deux visions diamétralement opposées et qui rendent plus d’un architecte schizophrénique!
Comment des paradigmes aussi extrêmes peuvent-ils exister? Pourquoi l’architecture en Belgique francophone est l’enfant mal aimé des responsables politiques et leurs électeurs alors qu’ils sont vecteurs d’identité en Flandre? Pourquoi ce rejet conceptuel qu’un architecte ne peut être à la fois biznessman et créatif?
Si d’apparence, la question culturelle semble plus sensible en Wallonie, il n’en est pourtant rien. En effet, il est remarquable de constater l’usage qui est fait de l’architecture comme facteur d’émancipation culturelle en Flandre. N’y a-t-il pas, d’initiative régionale, une volonté de publier un « vlaams architectuur jaarenbook »? La création du poste de  « Baumeister », avec l’inspiration de l’expérience hollandaise toute proche ne fait rien d’autre que de contribuer également à la mise en place d’outils spécifique pour  » marquer le territoire » de formes architecturales qui revendiquent une certaine appartenance culturelle forte, une identité.
La Région bruxelloise n’est pas en reste pour autant avec un basculement majeur de la concrétisation de son identité spécifique par la réalisation du concours de la place Flagey, suite d’une levée populaire et démocratique revendiquant un fait culturel bruxellois nouveau et restant néanmoins encore à définir aujourd’hui: la valeur sociale de grands espaces publics.  Aujourd’hui, des espaces comme la place Rogier, la place de la Monnaie vont prendre de nouvelles couleurs et renforcer cette approche socio-culturelle sur l’acte de bâtir la ville avec l’importance de ses acteurs : les architectes et les urbanistes, associés avec les sociologues, programmistes, … Là aussi, la Région bruxelloise a prolongé ce travail par la création d’un poste de  » maître architecte » et dont la fonction est similaire à celle définie en Flandre ou aux Pays-Bas.
Ces deux démarches relèvent d’une volonté politique déterminante d’émancipation et revendication culturelle forte: sur base d’une identité encore en recherche, l’architecture prend une place importante car ouverte au plus grand nombre et, surtout, durablement très visible. Elle ne peut toutefois être comprise que grâce à la comparaison avec la Wallonie… Qui semble encore se chercher une identité. Notons toutefois l’impact majeur de la gare monumentale de Liège ( S. Calatrava) qui au moins, a le mérite de démontrer que la beauté de l’architecture peut aussi rejaillir sur toute la ville. Le projet d’hôtel de police à Charleroi (j. nouvel et MDW) , et les projets culturels de Mons dans le cadre de sa désignation comme capitale culturelle européenne sont des prémisses encourageants de l’émergence d’une certaine culture/fierté identitaire territoriale et la représentation de cette identité par l’architecture.
Le cas des valeurs architecturales de la Wallonie reste vraiment intéressant eu égard à son parallélisme avec l’histoire. Fin du 19eme siècle et début du 20ème, la révolution industrielle permet à la Wallonie une ambition accompagnée d’une émancipation intellectuelle qui se retrouve à travers l’architecture: l’art nouveau, l’art déco fleurissent dans les hôtels de villes, maisons du peuple et multiples maisons bourgeoises. La Wallonie devient également le cœur des idées eugénistes d’émancipation du peuple grâce à la culture enseignée, la qualité des logements et les plans d’urbanisme qui accompagnent la composition des complexes urbains et industriels naissants. On ignore souvent les plans de villes comme Charleroi ou La Louvière datant de cette époque, sans oublier l’ensemble des quartiers de gares qui ont éclos au même moment, à côté des villes médiévales centenaires. Aujourd’hui encore, l’architecture de cette époque n’est pas ressentie seulement comme une « belle architecture » mais bien une architecture qui représente un moment de l’histoire de la Wallonie au point de favoriser une certaine nostalgie de mauvais aloi. Les architectures d’après guerre, comme si était déjà pressenti l’arrivé des temps beaucoup plus durs, constituent une architecture de production banale et dénuée de sens. Bien sûr, certaines exceptions marquent les esprits comme les œuvres de Panis, Dupuis ou Bastin pour ne citer qu’eux. Mais le constat de l’époque est le retour d’une ambition architecturale ailleurs que dans l’architecture publique. En effet, en même temps, la production de maisons unifamiliales contemporaines reste de très belle facture. Les maisons de Dupuis, dans la région montoise, à Bruxelles et en Flandre en restent la preuve.
C’est probablement à cette époque que l’architecture, comme vecteur culturel identitaire wallon, perdit son aura conjugué par un repli économique de toute la région accompagné par l’exode urbain bruxellois dans les années 70 et 80 avec des primo-arrivant au référentiel très différent des allochtones wallons. Les architectes contribuèrent à cette perte par la construction de masse qui, paradoxalement, répondait particulièrement bien à leur vision d’un architecte au service du client, dans une relation intime maître d’oeuvre-maître d’ouvrage rassurante et renouant avec la définition de l’artisan-architecte, telle que Horta l’avait magnifié 80 ans plus tôt avec ses hôtels bruxellois.
Et qu’en sera-t-il de demain pour des jours plus heureux?
Cette question présente plusieurs facettes et réponses. Premièrement, l’évolution du marché de l’architecture avec ses contraintes de plus en plus fortes obligent les architectes à s’associer. Ce paradigme ouvre à la fois de nouvelles perspectives pour des associations plus fortes, entre autres, pour aller travailler au-delà des frontières. Deuxièmement, la réforme de l’enseignement de l’architecture ouvre plus clairement le champ d’opportunité des débouchés professionnels. Je ne citerai que le besoin croissant des « architectes communaux » ou « CATU », conseillers en aménagement du territoire et urbanisme, devenus obligatoire en Région wallonne. Ces deux premières évolutions du métier d’architecte réduit drastiquement l’offre des prestataires et aura certainement dans les années à venir un impact important sur la valorisation (enfin!) des honoraires. Dans ce nouveau paysage, restent les architectes indépendants, l’architectus belgicanus de race wallonicus, bruxellus ou flandrius.  Gageons que dans le cadre de la cette restructuration notre profession, ils pourront reprendre leur place car choisi par leur client pour la bonne cause : faire de l’architecture, au sens culturel et sociétal du terme.
Tout le monde y trouverait donc son compte? Peut-être mais dans l’attente de jours plus heureux des professionnels de l’art de bâtir, faudrait-il aussi qu’un examen de conscience puisse se faire pour renouveler le métier d’architecte eu égard aux enjeux du 21eme siècle : pluridisciplinarité, technicité, complexité avec des architectes chefs d’orchestre, offrant un petit supplément… d’art.
Par cet article nous avons voulu démonter un possible futur de la profession, ce possible est de la responsabilité des architectes assumant leur histoire belge, différente des autres pays européens. Une richesse à ne pas perdre et qui doit se compléter aussi pour le retour de la culture architecturale, vecteur d’une identité assumée, tant par les responsables politiques donnant l’exemple que la nouvelle bourgeoisie devant naître du renouveau urbain de Bruxelles tout autant que du redéploiement économique wallon.
 
 
 

La sensibilisation et la formation du public aux architectes

Dans le livre « Qui a peur de l’architecture ? » , livre blanc de l’architecture contemporaine en communauté française paru en 2004, les réflexions du sociologue français Florent Champy me paraissent particulièrement pertinentes. En voici quelques extraits:
(…) il est avant tout nécessaire de se donner une définition de la qualité architecturale, afin de savoir sur quoi communiquer? Une approche ramenant l’architecture à une histoire des formes me semble à cet égard tout à fait inadaptée. (…) Dans des actions de sensibilisation (…) il serait nécessaire d’élargir le plus possible le discours à des aspects de l’activité de construction qui permettent de prendre en compte les attentes du public, et donc celles des enfants. Peut-être vaudrait-il d’ailleurs même mieux parler de qualité du cadre de vie, que d’architecture, notamment en s’appuyant sur l’intérêt déjà grand des enfants pour des thèmes comme le développement durable et les équipements de la ville. (…) Les architectes ne peuvent être crédibles que s’ils prennent en compte dans leur jugement ce qui tient à coeur à leurs usagers. Il faut renoncer à faire de la communication sur l’architecture comme la rêvent les architectes sans tenir compte des attentes, des goûts et des dégoûts de leur public.
Pour cela, et pour éviter les effets pervers d’une « pédagogie » arrogante, il conviendrait de former les architectes à la communication avec des non-spécialistes.
C’est au premier ( l’architecte)  de guider le second ( le public, le client), de trouver les mots pour lui parler, de savoir prendre en compte ses demandes, de savoir lui faire saisir ce qui, à un moment du processus de conception, est important et ce qui ne l’est pas. (…) Il faut donc former les architectes, dans les écoles d’architecture au contact avec des non-spécialistes de l’architecture. C’est d’autant plus important que l’architecte revendique le rôle d’homme de synthèse: pour pouvoir revendiquer ce rôle, il doit être capable d’épouser tous les points de vue, quitte à le dépasser.

(…) Si la communication est difficile, n’est-ce pas parfois que l’architecture n’est pas conçue en fonction du public auquel elle est destinée?  (…) le fait que les photos d’architecture représentent souvent des espaces vides de tout occupant est en soi un problème. Ce n’est pas seulement regrettable pour des raisons esthétiques: on prive ces photos, même quand elles sont très belles, du supplément d’âme que leur procurerait la présence de la vie. Mais il y a plus grave : on creuse ainsi le fossé entre une approche esthétisante de l’espace et les préoccupations du public qui ne se reconnait pas dans cette architecture et surtout dans la façon de la représenter. On peut en effet penser que si l’architecture était représentée autrement – c’est-à-dire avec la présence d’êtres humains – , cela conduirait les architectes à concevoir autrement, en prenant mieux en compte ce qu’ils incluraient dans leurs représentations, qui sont un support essentiel de la conception.
Les architectes ont sans doute raison quand ils déplorent le peu de place qui leur est fait. Mais il ne sert à rien d’avoir raison tout seul. Ils sont donc confrontés à deux écueils: soit camper sur leurs positions et sur leur certitude d’avoir raison parce qu’eux savent et que le public est ignorant; soit se renier. (…) comment élaborer un discours audible pour un large public, sans rien abandonner de leur spécificité d’architecte, c’est-à-dire en évitant les pièges de la démagogie ( comme avec , par exemple, l’architecture pastiche), du technicisme et de l’économisme. Ou encore: comment réussir à concilier l’objectivité de l’apport de l’architecte et le respect de sa subjectivité ?
(…) Pour cela, il faut chercher à convaincre, et non pas à imposer: l’architecte, s’il ne réussit pas à convaincre, peut craindre de se tromper sur les attentes de son public. L’architecte doit prendre le plus possible au sérieux les attentes de son public, y compris pour ce qui, dans un  premier temps,  peut le heurter: il doit écouter s’il veut être entendu. (…) Le star system, qui a vu certaines « vedettes » faire passer leur volonté de faire original avant les intérêts du client, a alimenté cette suspicion, qui renforce ainsi la nécessité, pour les architectes, de montrer en toutes circonstances leur sens du service.
Pour conclure, rappelons quelques principes que les architectes doivent respecter s’ils veulent trouver leur place dans la société:
1- éviter le repli sur une identité d’artiste
2- revaloriser la dimension de service de l’activité architecturale
3- saisir les occasions qu’engendrent  les nouveaux besoins, les nouvelles valeurs et des problèmes sociaux qui ne sont pas résolus sans amélioration du cadre de vie
4- développer les formations cohérentes avec ces besoins nouveaux, soit comme formation initiale, soit comme formation complémentaire, et inclure dans la formation, la question – très délicate- des rapports avec le public.
Ce program me nest sans doute pas facile à mettre en ouvre. Il me semble cependant constituer la principale base de réflexion qui peut actuellement permettre de redonner à l’architecture et aux architectes une place correcte et légitime dans notre société.