Une interview du Président de l’UWA

 Dans Le Soir du 1er octobre:

« Les architectes au milieu du gué »

En matière de demandes de permis, difficile d’obtenir des réponses claires. Communes et Région se positionnent parfois de manière diamétralement opposée. Les architectes tirent   la sonnette d’alarme.

Entretien
La problématique qui concerne la demande de permis est loin d’être une promenade de santé en Belgique, et particulièrement en Wallonie. Les difficultés s’enchaînent avec pour résultat, une prise de décision qui met souvent trop de temps à tomber. Pire, avant qu’elle ne tombe, communes et Région s’embarquent dans des directions différentes, voire complètement opposées. Pas facile, dans ces circonstances, de s’y retrouver car les professionnels concernés par cette prise de décision ne savent plus sur quel pied danser.
Les architectes wallons, à travers leur organisme représentatif – à savoir l’Union wallonne des architectes (UWA) –, tirent la sonnette d’alarme. S’ils perdent en rentabilité, c’est aussi la qualité architecturale qui s’en ressent.
Nous avons rencontré Fabrizio Tengattini, le président de l’UWA.

Fabrizio Tengattini, en quoi la procédure de demande de permis est-elle particulière ?

En Wallonie, on est confronté à deux niveaux : la commune et la Région. Il existe plusieurs sortes de permis, dont les procédures d’obtention sont différentes. Certains doivent être introduits auprès de la commune et requièrent un avis de la Wallonie. Et inversement. La problématique qu’on rencontre régulièrement, c’est que lorsqu’on demande des avis préalables à la demande de permis, la commune et la Région nous donnent des directions diamétralement opposées, que ce soit en matière d’organisation d’un projet, d’implantation, ou d’esthétique.

Quelle est votre position ?
Nous sommes au milieu du gué, complètement bloqués. Quand un architecte entend deux sons de cloche différents, il perd du crédit et de la rentabilité. Ses clients n’ont plus confiance car ils assistent à un revirement de situation imprévisible, indépendant de son travail. Au niveau économique, il y a un allongement des délais, tout le monde y perd. Cela concerne les petits projets privés, qui vont parfois mettre deux fois plus de temps que prévu à sortir de terre, soit 4 ou 5 ans. Mais aussi les grands projets publics, même si ces derniers sont moins impactés, car cela devient de l’autodestruction pour le pouvoir public qui paie ! Pour ce type de projets, il n’est pas rare que la procédure prenne 10 ou 12 ans, avant même le démarrage du chantier…

Quand vous recevez deux avis diamétralement opposés, que
pouvez-vous faire ?
Déjà, on s’inquiète, car on sait que ce ne sera pas un projet facile ! Puis on revoit sa copie, soit de fond en comble, soit plus légèrement, en fonction des avis obtenus. En sachant que si on repart d’une page blanche, on court le risque de revivre le même problème… Il faut remanier le projet pour trouver un compromis à la belge, qui sied à tout le monde mais qui ne ressemble plus à rien. On détricote, on ne fait plus vraiment d’architecture. On fait des projets plus simplistes pour être sûr d’obtenir le permis. Le dossier est moins rentable, et la qualité architecturale n’en ressort pas grandie. Tout le monde y perd. C’est fastidieux, c’est stressant. Ce n’est ni blanc, ni noir, on travaille dans le gris.
Comment en est-on arrivé là ?
Par le passé, les politiques ont donné beaucoup de pouvoirs aux communes, qui sont souveraines en la matière. Mais à force d’avoir splitté les avis, on se retrouve avec des positions divergentes. Certaines communes vont à l’encontre de la politique menée par la Wallonie en matière d’aménagement du territoire. C’est déroutant. La logique voudrait qu’une instance prenne le pas sur l’autre. Des organes consultatifs ont également été créés, comme les Commissions consultatives d’aménagement du territoire et de mobilité. En termes de démocratie participative, c’est très bien. Mais ces instances sont parfois trop protectionnistes en matière d’aménagement du territoire.

Pour tenter de dégager des solutions, l’UWA organise une table ronde…
Nous avons invité des représentants de professions liées à l’architecture, l’immobilier et la construction, ainsi que des représentants politiques, pour mettre un maximum de personnes autour de la table. Nous ne sommes pas nombrilistes, nous savons pertinemment que certains architectes ne répondent pas avec justesse au cadre bâti, que certains dossiers ne sont pas de qualité. Mais nous constatons aussi qu’il y a un manque de moyens et d’effectifs dans les administrations, qui ne peuvent faire correctement leur travail. Notre volonté, c’est que les politiques entendent les difficultés du secteur. L’objectif n’est pas de se plaindre, mais de montrer qu’il y a un réel changement à opérer et trouver des solutions ensemble.

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