RENZO PIANO

Dans le n° 3553 de Télérama une interview très intéressante de Renzo Piano dont le nouveau Palais de justice de Paris vient d’être inauguré à Saint-Denis.
Ci-après quelques extraits :

 » Ce chantier a été mené en partenariat public-privé qui donne beaucoup de pouvoir au promoteur sur l’architecte. Et coûte à terme plus cher à la collectivité .
Je ne me prononcerai pas sur la question du coût final, qui dépasse mes prérogatives. Mais je reconnais que la forme juridique du PPP complique au départ le travail. Car, il y a à la fois, un client ( l’établissement public du Ministère de la Justice ), des utilisateurs ( les magistrats ) et un constructeur (Bouygues qui avance le coût des travaux et s’engage aussi à assurer la maintenance du bâtiment pendant 27 ans en échange d’un loyer important payé par l’Etat ).
Face à eux, il y a nous : les architectes de Renzo Piano Building Workshop, têtus comme des fous. Bernard Plattner, celui de mes associés qui a suivi le chantier ne lâche rien. D’autant moins q’une de nos équipes composée d’une trentaine de personnes, avec des tas de dessins hauts comme ça ( geste) a passé son temps à vérifier, un par un , mot par mot, la bonne exécution de toutes les phases de la construction.
L’architecte ne doit jamais renoncer à son rôle: être le gardien, féroce si nécessaire, de la qualité.
L’entreprise a-t-elle compris votre exigence?
On touche là un e matière sensible: l’orgueil du bâtisseur. Parler ainsi peut paraître désuet en ces temps où seul l’argent semble compter, mais moi, je viens de là, je sais. Mon père, petit constructeur, n’avait qu’une douzaine d’ouvriers, mais dans le métier, il disait toujours:  » Pour faire un bon travail, il faut le nombre d’heures nécessaires. » Dans le bâtiment, cet esprit perdure.
Même chez les géants du BTP?
Quand le chantier se passe bien, ce qui était le cas, vous sentez la fierté des ouvriers. Ils ont été jusqu’à deux mille au TGI ( Tribunal de Grande Instance) de Paris, venus de partout, parlant toutes les langues, sachant tous ce qu’ils faisaient là. Construire est un geste de paix. D’autant plus qu’il s’agit de lieux publics faits pour vivre ensemble d’une façon civile. Il en va ici comme de la musique: il faut être bien coordonnés, respectueux du travail de l’autre. Rien de plus fort qu’un orchestre pour mettre d’accord même des Palestiniens et des Israéliens, on le voit avec l’entreprise du chef Daniel Barenboïm..
L’architecte serait donc celui qui donne le la et après les petites mains exécutent ?
Non pas vraiment. Je suis venu à l’architecture par le chantier. J’ai terminé mes études en 1964. Jusqu’en 1969, je n’ai pas vraiment construit pour des clients: mon activité tournait essentiellement autour d’expérimentations de terrain, d’installations précaires, de tentatives.On se rend alors très vite compte qu’on n’est pas l’artiste seul sur son tas de sable. On ne peut construire qu’avec les autres . Mon agence a toujours été un lieu de débats et d’échanges . Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui, j’ai dix partenaires et vingt-cinq associés. on discute, on travaille. J’ai un rôle important, je ne suis pas le seul. Nos réalisations sont toujours le résultat d’un ping-pong , d’abord à l’agence , puis avec les ingénieurs , les techniciens, avec la Ville, avec le client …
(…)
Voilà six décennies que vous regardez l’architecture se faire. Va-t-on vers un mieux ?
Ce nouveau siècle s’ouvre sur un constat: la fragilité de la Terre. On construit aujourd’hui des bâtiments beaucoup plus sages. La consommation en énergie du Tribunal de Paris est trois fois moins importante que celle du palais de l’Ile de la Cité. Mais cela ne relève pas uniquement d’une question pratique, il s ‘agit aussi d’une position  éthique. Je suis fier que trois de nos bâtiments – un centre scientifique à San Francisco, une tour à Turin et la bibliothèque d’Athènes – aient reçu le label Platinum LEED, la meilleure note du système américain, qui mesure selon 38 paramètres la sagesse énergétique et environnementale d’un bâtiment .
(…)

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