Ami, entends-tu le bruit sourd de l’architecte qu’on enchaîne…

  • Repris du site « L’abeille et l’architecte » … il suffit de changer « France » en « Belgique »

17JUIN

Ayant un long passé de militant politique, je compte parmi les élus et responsables politiques beaucoup de proches et d’amis. Sur les réseaux sociaux (Facebook ou Twitter), je les vois se féliciter à longueur de temps de constructions dont ils sont les instigateurs, les maîtres d’ouvrage, les partenaires ou un peu moins de tout ça. A chaque fois ou presque, je me sens obligé de leur rappeler de citer l’équipe de maîtrise d’oeuvre et plus précisément le nom de l’architecte de l’opération. Peu d’entre eux me répondent car peu d’entre eux connaissent le nom du ou des concepteurs. Cette situation peu flatteuse ne fait que souligner un manque d’amour et de reconnaissance que la France a pour ses architectes.

 
Malgré de petits efforts faits par les institutions (Ordre des architectesCité de l’ ArchitectureMIQCP…), le manque de culture architecturale des élus et des Français est criant. Le travail de l’architecte est critiqué voire dénigré. Pourtant tous les jours, ce sont des milliers d’architectes qui œuvrent à la qualité architecturale de la France sans que ceux-ci ne soient reconnus à leur juste valeur. Comment remédier à cela tant d’un point de vue concret que prospectif ?
Faire respecter le droit d’auteur.
Dans un très bon texte, la directrice et juriste du CROA Aquitaine, Laurence Servat nous rappelle à nous architectes de faire respecter nos droits d’auteur. Tout d’abord, elle nous rappelle que : « les œuvres architecturales sont protégées, dès lors qu’elles sont originales, par le code de la propriété intellectuelle (loi du 1er juillet 1992) » et que « parmi les droits accordés à l’auteur, figure le droit au respect de son œuvre, ce droit étant inaliénable et imprescriptible (article L 121-1 du code précité). Comme une œuvre littéraire, une sculpture ou encore un film cinématographique, l’œuvre architecturale ne peut être dénaturée. »
D’autre part, comme nous le remarquons souvent, lorsqu’une réalisation ou un projet fait l’objet d’un article dans la presse nationale et régionale (mais aussi dans les bulletins municipaux) le nom des architectes est non seulement oublié dans le texte mais aussi dans la reproduction des plans, des perspectives ou des photographies. Ces « oublis » sont inacceptables et participent grandement à la non-reconnaissance du travail de l’architecte. Il va de soi que l’Ordre des Architectes devrait systématiquement intervenir auprès de ces rédactions pour que ce droit soit respecté et ester en justice en cas de récidive caractérisée.
Former et informer les élus.
Beaucoup d’élus, sous prétexte qu’ils financent un bâtiment public, se croient autorisés décider de tout : du choix des matériaux de façade à l’emplacement du local poubelle en passant par la couleur des clôtures. En effet, ils pensent qu’ils peuvent être à la fois le baron Haussmann et Valérie Damidot sans savoir que leurs demandes et ordres sont le plus souvent juridiquement condamnables comme un « excès de pouvoir ». Dans la majorité des cas, c’est le manque de connaissance du droit alliée à une inculture architecturale qui explique ce comportement. « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » disait Benjamin Parker dans la première bande-dessinée de Superman et les élus (notamment les maires) ont de grands pouvoirs. Il est nécessaire que les élus de tous bords prennent pleinement conscience de leurs actes et one voit pourquoi les élus ne se formeraient comme d’autres se forment. De nombreux organismes peuvent se charger de ces formations notamment la Cité de l’Architecture.
Par ailleurs, dans chaque département, existe un Conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement (CAUE) dont le rôle est fondamental. Ce sont des personnalités compétentes et sachantes dont on ne saurait taxer leurs conseils de défense corporatiste des architectes mais bel et bien de la défense de la qualité architecturale. Je recommande aussi à mes amis élus de prendre contact avec la Mission interministérielle pour la qualité des constructions publiques (MIQCP) plutôt qu’avec les syndicats corporatistes qui n’ont la fâcheuse tendance qu’à défendre que les leurs.
Etre respectable pour être respecté. 
Nous le savons, nous les architectes, ne décidons ni du terrain, ni du programme, ni des réglementations (urbaines, réglementaires, handicapés…), ni du voisinage, ni du budget et du coût. Notre travail consiste à prendre en compte ces données pour en faire ressortir le meilleur et pour la plupart d’entre nous, architectes, nous tentons de le faire avec modestie et sans gesticulations. Néanmoins, certains architectes gérardisés privilégient (leur) l’image à la réalité construite (voir image ci-dessous supprimée à la demande des architectes)  et font au mieux du mal aux architectes au pire à l’architecture. Les images perspectives de plus en plus réalistes sont désormais « la corde qui soutient le pendu ». Nous devons savoir raison garder et ne pas mentir par l’imagerie numérique. D’ores et déjà, des maîtres d’ouvrage ont commencé à supprimer les perspectives pour les remplacer par des maquettes. N’est-ce pas une idée intéressante tout aussi vite dépassée ? La maquette numérique 3D arrivera bientôt dans les agences ne posera-t-elle pas les mêmes problèmes ?
Et enfin, un dernier point sur la lourde responsabilité que porte les confrères – généralement pas les meilleurs – qui baissent leur culotte avec des honoraires à la limite de la décence (j’ai vu certains architectes répondre à des honoraires à environ 5 % – mission de base). Ces derniers envoient comme signal aux élus et aux maîtres d’ouvrages l’idée que le coût de l’architecte peut être minime lorsque ce dernier consent à faire un effort et ainsi favorisent-ils ainsi un dumping dont ils seront les prochaines victimes collatérales.
Image supprimée.
Comme je le rappelais précédemment, les architectes sont au bord du gouffre. A défaut de nous tirer des balles dans le pied par un égotisme surjoué et une mégalomanie médiatique (vous savez de qui je parle !), nous devons, nous aussi, nous former, et particulièrement aux droits d’auteur (à lire obligatoirement) afin de ne plus être les victimes de notre propre ignorance. Un peu de modestie et beaucoup de Droit, voilà deux pistes essentielles à suivre si nous ne voulons pas devenir de simples prestataires de service sur lesquels on s’essuie les pieds. Et ce n’est pas parce que dans son discours d’inauguration du MUCEM à Marseille,  le président de la République n’a pas oublié les architectes Rudy RICCIOTTI et Roland CARTA que les choses changeront pour nous, les architectes non médiatiques, mais néanmoins efficients.

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