Le harnais étouffant de l'architecte

Editorial du n° 26 de la revue « DIMENSION »
« L’architecte est de plus en plus mis sous pression dans les divers secteurs de l’industrie du bâtiment. Prenons le domaine de la construction. Que l’on aime ou pas se l’entendre dire, la majorité des maîtres d’ouvrage individuels s’adressent à un constructeur de maison clé sur porte. L’architecte fait une courte apparition pour intégrer au projet les besoins et les désirs du maître d’ouvrage avant de disparaître trop souvent à l’arrière-plan. Cela ne pose pas de problème tant que tout se passe sans heurt mais malheur à lui si quelque chose ne va pas . Où donc est cet architecte ? Il surveille le chantier tout de même ? Ne doit-il pas toujours défendre les intérêts du maître d’ouvrage ?
Autre exemple prenons le cas des autorités publiques. Elles accordent de plus en plus la préférence à des sigles qui ne rendent pas toujours la réalité très appétissante : D&B, DBFM, DBFMO, PPP, … Ces autorités veulent savoir à quoi ressemblera leur budget aujourd’hui, demain et après-demain. C’est pourquoi, elles préfèrent laisser à un autre partenaire les risques que quelque chose ne tourne pas rond par exemple en matière de délais d’exécution, de coûts de construction et d’entretien ou encore de financement. Résultat ? Les architectes sont aspirés dans un spirale d’obligations de résultats inconciliables avec leurs obligations légales et déontologiques. Ils perdent leur emprise sur le projet. Même avec la meilleure volonté du monde, on ne peut plus les qualifier d’indépendants.
En tant qu’architectes, comment pouvons-nous nous dresser contre cela ? Pas en nous enfermant dans notre carcan individuel car il nous étouffe de plus en plus et menace de nous 
asphyxier petit à petit. Nous devons regarder avec sincérité et lucidité où nous voulons aller. Le message est que nous devons réfléchir en sortant des sentiers battus et sans le moindre tabou. Réfléchir à la loi de 1939 n’est pas , par définition, jurer dans une église . Discuter du monopole ne signifie pas non plus se confesser au diable. Raisonner et agir en termes de commerce est tout à fait permis dans un cabinet d’architectes.
Nous avons juste besoin de fixer clairement les limites: jusque-là et pas plus loin. Et il faut arrêter ce combat de joute médiévale qui consiste à demander des honoraires inférieurs à ceux de nos collègues. L’architecte n’est pas un baron de Münchhausen parvenu à sortir du marécage en se tirant lui-même par les cheveux.  Nous réussirons à sortir de ce marécage seulement si nous développons ensemble une vision et une stratégie et si nous nous réunissons en bloc pour discuter autour de la table avec les autres partenaires de la construction. Non pour poser la tête sur le billot mais bien pour sécuriser le rôle futur et les chances de vie des architectes en tant que groupe professionnel. 

 

2 réflexions sur « Le harnais étouffant de l'architecte »

  1. Georges GOSSE me transmet la réaction suivante :
    J’ai lu l’article entièrement(…) et j’adhère parfaitement au point de vue qui y est développé.
    Et comme d’habitude, je ne peux m’empêcher de m’embarquer dans une
    méditation salutaire (pour moi…)
    Malheureusement pour faire suite à la fin de l’article, les autres
    intervenants dans l’immobilier, au sens (très) large du terme préfèrent la
    situation actuelle puisque la loi les maintien en dehors « du billot ».
    Nous avons, à mon sens, trop attendu de nos instances ordinales, attendu
    trop longtemps pour créer un organe fédérateur qui puisse nous rassembler et défendre d’une même voix nos intérêt, l’U.W.A.
    Je déplore le manque d’intérêt de nos jeunes confrères et ce n’est pas par
    manque de les rencontrer dans le travail, à l’une ou l’autre occasion.
    L’individualisme est encore plus aigu chez eux.
    Peut-être à cause de la complexité et de la difficulté à maitriser toutes
    les exigences de notre profession, les crises successives et la chute du
    marché.
    On a souvent comparé notre profession à celle du chef d’orchestre, j’aimais bien cette comparaison.
    Mais malheureusement, pour nous, souvent, les musiciens que nous devons
    rencontrer, ne savent plus jouer de leur instrument, en jouent mal, ou
    encore ont oublié de le prendre…
    Peut-être faut-il revenir aux sources, ne faire que ce que l’on a choisi de faire, créer, conseiller, analyser; chacun peut trouver sa place dans ce grand « Harrod’s » qu’est la construction.
    Il faut simplement faire ce que l’on a choisi de faire, et le faire du mieux que l’on peut; chez « Harrod’s » le responsable du comptoir « huitres » vends des huitres, quand un client lui demande du faisan, il lui indique le comptoir où l’on propose le faisan…
    L’architecte à trop accepté de « manipuler » trop d’outils et d’éléments qu’il maitrisait mal et cela convenait bien à tout le monde; et même sournoisement à lui-même (n’oublions pas qu’il aime être le « chef d’orchestre »).
    Le constat que nous devons malheureusement faire, c’est que l’on nous a
    poussé à devenir des « Rémy Bricka » et que nous ne nous en sommes pas
    aperçus…
    C’est la vie…en couleurs 🙂
    Il faut de temps en temps, reprendre une guitare acoustique, s’assoir,
    entamer un classique du blues, battre la mesure en tapant du pied par terre.
    Cela permet de réfléchir et de se (re) poser les bonnes questions.
    Back to the roots…
    Bien confraternellement,
    Georges Gosse

    1. Pas si évident que ça !
      Le 27 septembre 2012 conférence sur les marchés d’architecture organisée par l’AR-CO à l’occasion de son 50e anniversaire.
      Succès total, +/- 400 participants. Grands mercis aux organisateurs. Bon anniversaire l’AR-CO. Cocktail dînatoire de rigueur. Il est 21 h. La sempiternelle discussion sur le monopole de l’architecte s’annonce :
      Mais, mon cher Bernard ! C’est évident ! Tout le monde le sait !
      Si l’architecte est condamné, brimé, c’est uniquement dû au monopole de la profession inscrit dans la loi du 20 février 1939…
      Eh, minute papillon ! Pas si vite !
      Le Code civil, tu connais ?
      Art 1792 : Si l’édifice construit à prix fait périt en tout ou en partie par le vice de la construction, même par le vice du sol, les architecte et entrepreneur en sont responsables pendant dix ans.
      Art 2270 : Après dix ans, l’architecte et les entrepreneurs sont déchargés de la garantie des gros ouvrages qu’ils ont faits ou dirigés.
      Art 1382 : Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé, à le réparer.
      Art 1383 : Chacun est responsable du dommage qu’il a causé non seulement par son fait, mais encore par sa négligence ou par son imprudence.
      Art 1384 : On est responsable non seulement du dommage que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l’on a sous sa garde.
      Le Règlement de déontologie, tu connais ?
      La loi breyne, tu connais ?
      L’arrêté royal du 25 janvier 2001, tu connais ?
      La jurisprudence, …
      Eh oui ! C’est moins évident qu’il n’y paraît…
      La loi du 20 février 1939 n’est pas le problème.
      Allez ! Bon appétit !
      Bernard Nizet architecte
      Président du front wallon des architectes

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